La famille derrière Cartier avait des origines très humbles. Louis-François Cartier est né en 1819 dans un foyer parisien pauvre et ouvrier: sa mère était blanchisseuse, son père, métallurgiste. Il fut apprenti très jeune, envoyé gagner sa vie, et en 1847, il reprit le petit atelier de son maître et le renomma Cartier, enregistrant son premier poinçon de maître en avril de la même année. Sa vie est explorée dans l'article sur le 200e anniversaire de Louis-François Cartier. Ce qu'il transmit à son fils Alfred, et Alfred à ses trois fils, n'était pas tant une tradition de luxe qu'une profonde conviction de l'importance du soin: dans l'artisanat, dans chaque transaction, dans chaque relation.
Les trois frères, Louis, Pierre et Jacques, se sont partagé le monde enfants, traçant des frontières sur une carte dans une chambre parisienne: Louis dirigerait Paris, Pierre New York, Jacques Londres. Ce qui a maintenu la firme unie à travers trois villes et trois tempéraments très différents était une sensibilité partagée et une poignée de valeurs directrices qui se transmettaient entre eux comme un langage privé: ne jamais copier, seulement créer; une profonde conviction de l'importance du soin, de l'artisanat, des relations clients, du moindre détail; et quelque chose de moins souvent cité mais tout aussi central, être très aimable. Ce fut, comme Francesca l'a compris grâce à ses recherches, le lien qui a maintenu un empire. Vous pouvez regarder l'histoire inédite des frères Cartier dans le premier de la série de webinaires.
Louis Cartier était le visionnaire. Ses professeurs à l'école notaient qu'il avait la tête dans les nuages, une description qui ne l'aurait peut-être pas dérangé. Il a introduit le platine dans la joaillerie alors que presque aucun artisan ne pouvait le travailler, et la légèreté et la solidité qui en ont résulté ont rendu possible la délicate dentelle de diamants du Style Guirlande: des guirlandes, des nœuds et des formes botaniques qui ont défini la Belle Époque. Il a ensuite contribué à orienter le virage vers la rigueur géométrique de l'Art Déco, travaillant avec Charles Jacqueau sur les formes géométriques qui ont défini cette ère. Sa collaboration avec Jeanne Toussaint, dont l'instinct pour les œuvres audacieuses inspirées des animaux allait façonner l'esthétique d'après-guerre de la firme, a également commencé dans ce milieu parisien. Ses créations horlogères et son héritage stylistique sont toujours en production aujourd'hui: la Santos, fabriquée pour l'aviateur Alberto Santos-Dumont afin qu'il puisse lire l'heure sans lâcher les commandes de sa machine volante; la Tank, dont les lignes rectangulaires faisaient référence à la géométrie aérienne d'un char Renault sur le front occidental. Il a également travaillé avec Maurice Couet sur les pendules mystérieuses, des commandes si techniquement exigeantes que les aiguilles semblaient flotter sans support dans les airs, et même les vendeurs de Cartier qui les démontraient ne pouvaient pas expliquer comment. Pour l'histoire complète, regardez Les Pendules Mystérieuses de Cartier.
Pierre Cartier était un négociateur dans le sens le plus artistique du terme. Lorsque Maisie Plant est entrée dans le showroom de Cartier à New York, elle est tombée amoureuse du collier de perles naturelles le plus cher du monde; Pierre l'a échangé contre son hôtel particulier de Manhattan, donnant à Cartier l'adresse de la Cinquième Avenue qu'il occupe encore aujourd'hui. Il a ensuite vendu le Diamant Hope à Evalyn Walsh McLean en la lui laissant emprunter pour un week-end; elle l'a rendu ayant décidé qu'elle ne pouvait pas vivre sans. L'histoire de la façon dont les perles ont soutenu les premières fortunes américaines de la firme, et le moment où ce marché s'est effondré du jour au lendemain, est une histoire que Francesca trouve infiniment fascinante. Regardez Les Cartier et leurs Perles pour l'histoire complète.
Jacques Cartier était le plus discret des trois, et avait failli entrer dans les ordres avant que le commerce de la joaillerie ne le réclame. De Londres, il habillait la famille royale britannique (l'histoire complète est racontée dans les webinaires sur Cartier et la Couronne britannique) et a passé vingt-huit ans à faire des voyages répétés en Inde, nouant des relations avec les cours des maharajas. Ses fêtes à la maison, rapportaient les journaux, rendraient les Mille et Une Nuits insipides. Le vocabulaire visuel qu'il a ramené, les pierres précieuses mogholes sculptées et l'intensité polychrome dense des objets joailliers indiens, ont directement nourri le Tutti Frutti, l'un des styles les plus distinctifs jamais produits par la firme. Il en a été de même pour les liens avec les clients royaux russes dont les bijoux sont passés entre les mains de la firme dans des circonstances tumultueuses, une histoire racontée dans le webinaire sur les Romanov. L'un des agents de Jacques est revenu de Bagdad avec une émeraude qui aurait été aussi grande qu'un œuf d'oiseau; la pierre a ensuite été taillée et une moitié sertie dans une bague qu'Édouard VIII a offerte à Wallis Simpson, qui la portait lorsqu'il a signé les papiers d'abdication. Les liens de Jacques avec l'Inde sont explorés dans les webinaires sur les maharajas.
La quatrième génération a mené la firme à travers ses décennies les plus turbulentes. Jean-Jacques Cartier (1919–2010), le fils de Jacques, a dirigé la branche de Londres durant une période de réinvention remarquable, créant la montre Cartier Crash et la Cartier Pebble à un moment où le marché de la haute joaillerie s'était contracté et il s'est tourné vers la conception de montres comme objets à part entière. Cartier Londres fut la dernière branche à quitter les mains de la famille. Lorsque Francesca est descendue dans sa cave pour son quatre-vingt-dixième anniversaire afin d'y chercher une bouteille de champagne, elle a trouvé une malle portant les initiales J.C. Sous des journaux jaunis, des centaines de lettres, datant de plus d'un siècle, étaient attachées par des rubans décolorés. Les archives de Jacques, et avec elles l'histoire inédite, avaient toujours été là. Les conversations que Francesca a eues avec son grand-père à propos de ces lettres, et les années de recherche qui ont suivi, sont devenues The Cartiers, le livre pour lequel ce site a été créé.
Pour l'histoire complète de la famille sur 127 ans, consultez Cartier 101: La Famille Derrière le Nom. Pour la généalogie, consultez L'Arbre Généalogique de la Famille Cartier.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019)