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Louis Cartier

L'aîné des trois frères Cartier, qui dirigeait la maison de Paris, fut un pionnier du platine en joaillerie et a façonné la direction créative de la Maison de la Belle Époque à l'ère Art Déco.

· · 901 mots · 4 min de lecture

Louis Joseph Cartier (6 juin 1875 – 23 juillet 1942) était le fils aîné d'Alfred Cartier et le petit-fils de Louis-François Cartier, le fondateur de la Maison. Parmi les trois frères qui ont transformé Cartier en une entreprise internationale au début du XXe siècle, Louis dirigeait la maison de Paris, et c'est à Paris que fut établie la direction créative qui allait définir la Maison au cours de ses décennies les plus célèbres.

L'un de ses engagements techniques les plus importants concernait le platine. Au tournant du XXe siècle, le platine était presque inutilisé en joaillerie, il était plus difficile à travailler que l'or et exigeait des techniques et des outils spécialisés. Louis a défendu son adoption, développant des relations avec des artisans capables de travailler ce métal et reconnaissant que sa force exceptionnelle permettrait de créer des montures bien plus fines et légères que ne le permettait l'or. Le résultat fut transformateur : les délicates dentelles serties de diamants du Style Guirlande (motifs de guirlandes, de nœuds et de formes végétales qui définissaient l'esthétique Belle Époque, visibles dans des pièces comme le diadème guirlande de Cartier) n'étaient possibles qu'en platine. Sa couleur blanche convenait également mieux à la palette de l'époque, dominée par le diamant, que l'or jaune, et les montures pouvaient être rendues presque invisibles, laissant les pierres, plutôt que le métal, s'exprimer.

Son partenariat avec l'horloger Edmond Jaeger a façonné le volet horloger de l'entreprise. Jaeger a fourni l'expertise en fabrication de mouvements que Cartier n'avait pas en interne, et ensemble, ils ont produit des montres qui allaient à l'encontre des conventions de l'ère de la montre de poche. Parmi les résultats, la Santos, l'une des premières montres-bracelets spécialement conçues, pour l'aviateur brésilien Alberto Santos-Dumont, qui avait besoin de lire l'heure sans lâcher les commandes de son avion. La Tank (1917) a suivi : une montre rectangulaire dont la forme du boîtier faisait référence à la vue aérienne d'un char de la Première Guerre mondiale, et elle est devenue l'un des designs de montres les plus durables du siècle. La relation avec Jaeger a finalement mené à l'alliance avec LeCoultre, officialisée sous le nom de Jaeger-LeCoultre.

Son secrétaire personnel Louis Devaux, qui deviendra plus tard président de Cartier Paris, gérait l'aspect administratif de l'opération tandis que Louis se concentrait sur la direction créative. Louis a également travaillé avec le maître horloger Maurice Couet, dont la carrière et les techniques sont explorées sur le blog, sur les pendules mystérieuses pour lesquelles Cartier est devenu célèbre : des pièces dont les aiguilles semblaient flotter sans support, leur mécanisme dissimulé à l'intérieur du boîtier. Celles-ci figuraient parmi les objets les plus exigeants techniquement produits par la Maison.

En joaillerie, le passage vers la géométrie rectiligne de l'Art Déco, exploré dans Cartier Art Déco : Une Magnifique Parure, qui succédait aux formes organiques de la Belle Époque, a été développé sous sa direction, en collaboration avec des designers tels que Charles Jacqueau. La bague Cartier Trinity, créée en 1924, faisait partie des pièces de cette époque ; ses origines et sa symbolique sont explorées dans La Bague Cartier Trinity : Ses Origines. L'engagement de la Maison envers les traditions visuelles persanes, indiennes et extrême-orientales, qui a façonné les pièces Tutti Frutti et l'esthétique « exotique » plus large des années 1920 et 1930, était également un produit de cette période, bien que le lien avec l'Inde ait été principalement le domaine de Jacques.

Le 30 avril 1898, Louis épousa Andree-Caroline Worth, petite-fille du premier créateur de mode célèbre au monde, à l'église de la Madeleine à Paris. Les Cartier étaient encore relativement inconnus par rapport à la grande Maison Worth, mais cette union apporta à la fois de l'argent et des relations dans le monde de la haute couture. Lorsque la France se mobilisa pour la guerre le 2 août 1914, Louis se présenta au bureau de guerre de Paris, mais une fracture à la jambe droite le rendit inapte au service. Après l'Armistice du 11 novembre 1918, la Rue de la Paix fut submergée de célébrations.

La Seconde Guerre mondiale fut plus dévastatrice. Le 10 juin 1940, le gouvernement français avait fui Paris, et le 22 juin, la France signait l'armistice avec l'Allemagne. La Maison ferma ses portes. Louis, à la santé fragile, s'enfuit à bord du SS Quanza depuis Lisbonne et arriva à New York le 19 août 1940, en tant que réfugié. Pierre et Elma le rencontrèrent au quai et furent choqués par son état. Lorsque Paris fut libérée le 24 août 1944, Louis n'était déjà plus là, il était décédé à 2h20 du matin le 23 juillet 1942, avec sa femme et son fils Claude, âgé de seize ans, à son chevet. Il avait soixante-sept ans.

L'intégralité de sa vision créative, de la Belle Époque à l'Art Déco, est explorée dans Louis Cartier et le Style Cartier.

Note : Louis Cartier est le fils d'Alfred et l'un des trois frères ; il ne doit pas être confondu avec Louis-François Cartier, le fondateur de la Maison.

Sources

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