Cartier 101 : La famille derrière le nom

Quatre générations d'une dynastie de joailliers parisienne, d'un artisan qui a repris un petit atelier en 1847 aux trois frères qui ont bâti une maison internationale. Raconté à travers des documents familiaux inédits par l'arrière-petite-fille de Jacques Cartier.

Basé sur The Cartiers de Francesca Cartier Brickell, l'arrière-petite-fille de Jacques Cartier. Voir aussi : L'arbre généalogique Cartier →

Part I

L'Éloignement

1847–1899
1847
Louis-François Cartier (1819–1904)
Wikimedia Commons / Public Domain

L'histoire de Cartier commence

Louis-François Cartier, né à Paris en 1819, acquiert l'atelier du maître joaillier Bernard Picard rue Montorgueil à l'âge de 28 ans. Le nom Cartier apparaît pour la première fois sur une entreprise de joaillerie.

1856

Fournir la cour impériale

Louis-François gagne des clients royaux de la cour impériale française, dont la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III. La maison entame sa longue association avec la royauté européenne.

1873
Alfred Cartier (1841–1925)
Wikimedia Commons / Public Domain

Rue de la Paix

Alfred Cartier rejoint son père et l'entreprise déménage au 13, rue de la Paix, Paris — l'adresse qui définira la maison pour le siècle suivant.

1899

Trois fils, trois villes

Les trois fils d'Alfred entrent dans l'entreprise. Louis dirigera Paris, Pierre ouvrira New York, et Jacques développera Londres. Ensemble, ils transforment la maison de joaillerie de leur père en un empire mondial.

Part II

Divide and Conquer

1898–1919
1902

Ouverture de Londres

Cartier ouvre à Londres. Le moment est délibéré : la famille royale britannique, bientôt couronnée lors du couronnement d'Edward VII, compte parmi les clients les plus soucieux des bijoux en Europe.

1904

Brevet royal

Le roi Edward VII accorde à Cartier un mandat royal de nomination en tant que joailliers de la couronne. Cette reconnaissance confirme la position de Cartier au sommet de la joaillerie européenne et ouvre les portes des cours royales de Londres à Saint-Pétersbourg.

early 1900s
Line drawing of the Cartier Santos wristwatch, showing its square case with exposed screws on the bezel

La Santos : montre-bracelet pour un aviateur

Louis Cartier fabrique une montre-bracelet pour l'aviateur brésilien Alberto Santos-Dumont, qui avait besoin de lire l'heure sans lâcher les commandes de son avion. La montre à boîtier carré avec des vis de lunette apparentes devient l'une des premières montres-bracelets conçues à cet effet et le prototype d'un design toujours en production.

1906
Line drawing of the Cartier Tonneau wristwatch, showing its characteristic barrel-shaped case

La Tonneau : une forme de boîtier unique

Cartier développe la Tonneau : une montre-bracelet avec un boîtier en forme de tonneau, plus large au centre qu'aux cornes. La forme s'inscrit dans un projet plus large de Cartier Paris au début du XXe siècle visant à dépasser le boîtier rond standard et à développer des formes géométriques qui deviendraient le vocabulaire horloger signature de la maison.

1909
Queen Alexandra, consort of King Edward VII, 1913
W. & D. Downey, 1913 / Wikimedia Commons / Public Domain

L'ère des commandes royales

Cartier travaille simultanément pour neuf cours royales, fournissant des tiares, des parures et des pièces de présentation de Londres à Saint-Pétersbourg. La reine Alexandra compte parmi les clients les plus fidèles.

1910
The Hope Diamond, photographed by Victor Krantz for the Smithsonian Institution
Victor Krantz / Smithsonian Institution Archives / No known copyright restrictions

Le Diamant Hope

Pierre Cartier acquiert le légendaire diamant bleu à Londres et le vend à l'héritière américaine Evalyn Walsh McLean. L'une des gemmes les plus célèbres de l'histoire passe entre les mains de Cartier.

1911
The Delhi Durbar, 12 December 1911, with King George V and Queen Mary
Unknown photographer, 1911 / Wikimedia Commons / Public Domain

Le Delhi Durbar

Le roi George V est proclamé empereur des Indes au Delhi Durbar. Cartier fournit des bijoux pour l'occasion. Le lien indien, longtemps cultivé par les frères, atteint son apogée cérémonielle.

1913

La première pendule mystérieuse

En collaboration avec l'horloger Maurice Couet, Louis Cartier perfectionne la pendule mystérieuse : un garde-temps dont les aiguilles semblent flotter dans les airs, sans connexion visible au mécanisme.

1917

New York : la troisième succursale

Pierre Cartier acquiert le manoir du 653 Fifth Avenue lors d'un échange remarquable : un collier de perles naturelles à double rang pour un bâtiment. Cartier est désormais présent sur trois continents.

1919
Line drawing of the Cartier Tank wristwatch, showing its characteristic rectangular case with parallel brancards

La montre Tank

Louis Cartier lance la Tank : une montre rectangulaire avec des brancards latéraux flanquant le cadran, inspirée de la silhouette aérienne d'un char Renault FT sur le front occidental. Le design est sans précédent dans l'horlogerie de l'époque et devient l'une des silhouettes de montres les plus durables du XXe siècle.

Part III

Never Copy, Only Create

1920–1939
c. 1920
Louis, Pierre and Jacques Cartier — the three brothers

Trois frères à leur apogée

Louis à Paris, Pierre à New York, Jacques à Londres. Au sommet de leur collaboration, les trois frères dirigent la maison de joaillerie la plus connectée internationalement au monde — partageant clients, pierres et idées à travers les continents.

1922

Le moment Toutankhamon

La découverte du tombeau de Toutankhamon envoie une vague d'imagerie égyptienne à travers l'art et la mode européens. Cartier Paris réagit immédiatement : broches scarabées, motifs de fleurs de lotus et pièces serties de hiéroglyphes qui traduisent les formes antiques dans le vocabulaire Art Déco que Louis développe depuis une décennie.

1924
Jean Cocteau, photographed by Agence Meurisse, 1923
Agence Meurisse, 1923 / Wikimedia Commons / Public Domain

La Bague Trinity

Louis Cartier crée la Bague Trinity pour le poète Jean Cocteau : trois anneaux entrelacés en or blanc, jaune et rose. Elle devient l'un des designs les plus durables de l'histoire de la maison.

1925
The Paris Exposition Internationale des Arts Décoratifs, 1925
Auguste Léon, 1925 / Wikimedia Commons / Public Domain

L'Exposition de Paris

L'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes donne son nom à l'Art Déco. Les pièces géométriques, laquées et serties de diamants de Cartier définissent l'esprit de l'époque.

1928
Bhupinder Singh, Maharaja of Patiala, 1911
Unknown photographer, 1911 / Wikimedia Commons / Public Domain

La commande de Patiala

Le Maharaja de Patiala apporte son trésor à Paris et demande à Cartier de le refaire. Le travail comprend un collier serti de 2 930 diamants en son centre — l'une des commandes les plus extraordinaires de l'histoire de la joaillerie.

1920s–30s

Tutti Frutti : l'ère des bijoux indiens

Les voyages d'achat de Jacques Cartier en Inde apportent des rubis, émeraudes et saphirs sculptés à Paris. Les bracelets et colliers qui en résultent, mélangeant des montures occidentales en platine avec des pierres indiennes sculptées, définissent un style plus tard connu sous le nom de Tutti Frutti.

1930s

La fin de l'ère des perles naturelles

L'industrie japonaise de la perle de culture inonde le marché et les prix des perles naturelles s'effondrent. Cartier, qui a bâti une grande partie de sa fortune sur les colliers de perles naturelles, doit s'adapter. L'ère des grandes commandes de perles est révolue.

1936
Daisy Fellowes, drawing by John Singer Sargent
John Singer Sargent / Wikimedia Commons / Public Domain

Le Collier Hindou

Daisy Fellowes — héritière, rédactrice en chef de French Vogue et l'une des clientes les plus audacieuses de Cartier — commande le Collier Hindou : un collier de rubis, saphirs et émeraudes sculptés sertis de platine et de diamants, dans le style indien que Jacques avait perfectionné au fil de décennies de voyages d'achat. Il devient la déclaration emblématique du genre Tutti Frutti.

1936
Wallis Simpson, 1924
Unknown photographer, 1924 / Wikimedia Commons

L'abdication

Jacques Cartier est étroitement impliqué avec Edward VIII et Wallis Simpson durant l'un des chapitres les plus dramatiques de l'histoire royale. Les commandes qu'ils passent — des bijoux pour marquer une relation extraordinaire — comptent parmi les plus chargées de l'histoire de la maison. Edward abdique en décembre 1936 pour épouser Wallis.

Part IV

Drifting Apart

1939–1974
1941
Jacques Cartier (1884–1941)
Wikimedia Commons / Public Domain

Décès de Jacques Cartier

Jacques Cartier décède le 10 septembre 1941 à Dax, France, à l'âge de 57 ans. Le plus jeune des trois frères, il avait été la force motrice derrière la succursale de Londres et les voyages d'achat en Inde.

1942
Louis Cartier, c.1898
Unknown photographer, c.1898 / Wikimedia Commons / Public Domain

Décès de Louis Cartier

Louis Cartier, la force créatrice derrière la maison parisienne, décède en 1942. Il avait façonné l'identité esthétique de la maison plus que tout autre individu : du style guirlande à l'Art Déco, des pendules mystérieuses à la montre Tank.

1948

Le premier bijou panthère

Le Duc de Windsor commande à Cartier Londres la création d'un bijou panthère tridimensionnel pour la Duchesse — une panthère accroupie en onyx noir et diamant, montée sur un grand saphir cabochon. Jean-Jacques Cartier supervise le travail. C'est la première de plusieurs commandes de panthères pour Wallis qui définissent une nouvelle ère pour la maison.

1955

L'épée de Cocteau

Jean Cocteau est admis à l'Académie française et commande à Cartier Paris de fabriquer son épée d'apparat. Il la conçoit entièrement lui-même : une étoile en diamants et rubis sur la garde, Orphée de profil sur la lame, la grille en fer du Palais-Royal sur le fourreau, des amis dont Coco Chanel contribuant des gemmes. Il la porte dans sa main gauche tout au long de son discours inaugural de deux heures.

1964
Pierre Cartier, 1926
Library of Congress, George Grantham Bain Collection, 1926 / Public Domain

Décès de Pierre Cartier

Pierre Cartier, le dernier des trois frères, décède à Genève à l'âge de 85 ans. Il avait bâti la présence américaine de Cartier et dirigé l'entreprise à travers deux guerres mondiales. Sa mort marque la fin de l'ère des frères.

1967
Line drawing of the Cartier Crash wristwatch, showing its distinctive warped asymmetric case

La Cartier Crash

Jean-Jacques Cartier et le designer Rupert Emmerson créent la Crash au 175 New Bond Street : une montre-bracelet avec un boîtier délibérément déformé et asymétrique qui semble avoir fondu. Produite à partir de 1967, elle devient l'un des designs de montres les plus distinctifs du XXe siècle et, avec le temps, l'une des pièces Cartier vintage les plus collectionnées.

1968

María Félix et le collier serpent

L'actrice mexicaine María Félix commande à Cartier Paris de lui fabriquer un collier en forme de deux serpents articulés en diamants. Elle arrive à l'atelier de la rue de la Paix avec des boas constricteurs vivants pour que les artisans les étudient. La pièce résultante, sertie de diamants jaunes et blancs, devient l'une des commandes individuelles les plus célèbres de l'histoire de la maison.

1969

Le Diamant Cartier

Cartier achète un diamant poire de 69,42 carats aux enchères et l'expose brièvement dans sa vitrine de New York sous le nom de Diamant Cartier. Richard Burton l'achète ensuite pour Elizabeth Taylor. L'histoire fait la une des journaux du monde entier.

1974
Jean-Jacques Cartier, 1950s
Cartier Family Archives

La vente de Cartier Londres

En décembre 1974, Jean-Jacques Cartier, fils de Jacques, finalise la vente de Cartier Londres — la dernière branche de l'entreprise aux mains de la famille. Après 127 ans, l'histoire de Cartier en tant qu'entreprise familiale prend fin. La maison de joaillerie continue, mais sans un Cartier à sa tête.

L'histoire complète, tirée des archives familiales et de la correspondance personnelle, est racontée dans The Cartiers par Francesca Cartier Brickell.

Get the book