Les membres de l'Académie Française (gardienne de la langue et de la littérature françaises, dont les quarante membres sont connus sous le nom de les immortels) sont autorisés à porter une épée de cérémonie. L'épée est une commande personnelle, non un uniforme : chaque pièce d'académicien est distincte, et le choix du créateur et du design appartient au membre. Cartier Paris est l'un des fabricants de ces épées depuis les années 1930.
L'approche de Cartier pour chaque commande commençait par de longues conversations entre un designer Cartier et le futur académicien. L'objet qui en résultait était destiné à refléter la vie et l'œuvre de la personne : ses thèmes, ses obsessions, ses emblèmes personnels. Le résultat se situe à mi-chemin entre le bijou, la sculpture et l'objet de cérémonie : une lame ornée de pierres précieuses et d'images symboliques qui serait portée lors de la cérémonie d'intronisation du membre et par la suite.
L'épée Cocteau
La plus célèbre des épées de l'Académie Cartier est celle réalisée pour Jean Cocteau, qui fut admis en 1955. Là où d'autres épées étaient conçues à travers le dialogue entre l'académicien et un designer Cartier, Cocteau a entièrement conçu la sienne lui-même; l'épée, comme le reste de son œuvre, portait son étoile signature en diamants et rubis. La garde prenait la forme d'Orphée de profil; le fourreau évoquait la grille en fer des jardins du Palais-Royal où Cocteau vivait; à la pointe, une main tenait une boule d'ivoire faisant référence aux Les Enfants Terribles. Des amis, dont Coco Chanel, ont contribué à fournir des gemmes pour la pièce. Il la portait dans sa main gauche pendant son discours d'inauguration de deux heures, vêtu de robes de Lanvin.
Louis Cartier était décédé en 1942, treize ans avant la cérémonie. L'amitié entre Cocteau et la famille Cartier s'était nouée des décennies plus tôt, et Jeanne Toussaint et Pierre Cartier lui sont restés proches jusqu'à la fin de leur vie.
Les épées en contexte
Les épées de l'Académie Française relient Cartier Paris à la vie littéraire et intellectuelle française d'une manière que ses créations pour les clients royaux et aristocratiques ne font pas. Chaque pièce est unique, le résultat d'une conversation directe, et s'inspire du même vocabulaire de design que les autres œuvres de la Maison de l'époque, appliquées à une forme ayant un poids cérémoniel spécifique.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019), ch. 5 (« Pierres Paris : Début des années 1920 ») et ch. 8 (« Diamants et Dépression : Les années 1930 »)
- Hans Nadelhoffer, Cartier: Jewelers Extraordinary (Thames and Hudson, 1984; révisé 2007), cité p. 18, 19 et al.