La panthère en tant que motif Cartier est avant tout une réalisation du milieu du XXe siècle en orfèvrerie tridimensionnelle. Les bijoux panthère entièrement articulés (broches, bracelets et clips, dont le corps de l'animal était construit à partir de centaines de pierres serties individuellement) sont apparus des ateliers parisiens dans les années 1940 et 1950 et représentent certains des travaux les plus techniquement exigeants jamais produits par la Maison.
La construction d'une panthère entièrement articulée nécessitait que le corps soit bâti en sections, chacune articulée indépendamment afin que l'ensemble de la pièce puisse fléchir et bouger naturellement. La palette typique était composée de diamants sertis pavé sur le corps, avec des taches d'onyx noir pour les motifs, cette combinaison créant la coloration fauve et noire d'un léopard. Les yeux étaient sertis de pierres de couleur (des émeraudes et des saphirs apparaissent dans différentes pièces) et les moustaches étaient rendues en fil de platine fin. Le résultat, lorsqu'il est tenu ou porté, se déplace avec une fluidité proche de la vie.
Origines et inspiration
L'inspiration du motif panthère est venue de plusieurs directions à la fois. Mon arrière-grand-père Jacques Cartier fut fasciné par les grands félins lors de ses voyages en Inde dans les années 1920 et 30, et à son retour, il lisait à ses jeunes enfants The Jungle Book, s'attardant sur les illustrations de Bagheera. Les designers de la Maison (parmi eux Pierre Lemarchand à Paris et Dennis Gardner à Londres) faisaient régulièrement des visites au zoo pendant leurs pauses déjeuner, esquissant toutes sortes d'animaux qu'ils traduiraient plus tard en bijoux.
Jeanne Toussaint, compagne de Louis Cartier pendant un temps et plus tard directrice artistique à Paris, fut étroitement associée au thème de la panthère tout au long de sa carrière. Son surnom était Pan Pan, elle fut l'une des premières à adopter le manteau en peau de léopard, elle possédait une trousse de toilette panthère. Savoir si elle fut la force motrice à l'origine des bijoux animaliers ou l'une des nombreuses personnes ayant contribué au motif n'est pas quelque chose qui peut être résolu simplement, l'histoire complète est plus compliquée que ce que les récits simplifiés permettent généralement. Ce qui est clair, c'est que les pièces panthère tridimensionnelles des années 1940 et 50 furent le produit d'un environnement créatif soutenu à Paris, dans lequel Toussaint était une figure centrale, et que Lemarchand fut le designer le plus responsable d'avoir donné au motif sa forme sculpturale définitive.
Le bracelet de la Duchesse de Windsor
L'exemple le plus célèbre conservé est le bracelet panthère en diamants et onyx que la Duchesse de Windsor acheta en 1952. Le bracelet consiste en une panthère entièrement tridimensionnelle, accroupie le long du poignet, son corps entièrement construit à partir de diamants pavé et d'onyx pour les taches, serti sur une forme flexible qui épouse le bras. Lorsqu'il fut mis aux enchères chez Sotheby's (environ une décennie après le tournant du siècle), il établit le record du bracelet le plus cher vendu chez Sotheby's à l'époque, atteignant sept millions de dollars.
L'association de la Duchesse avec les bijoux panthère de Cartier était de longue date, elle possédait plusieurs pièces. Le bracelet de 1952 représente l'apogée de cette forme. Pour l'histoire de sa création et les sources d'inspiration plus larges du motif panthère, voir L'inspiration derrière les panthères Cartier.
Pierre Lemarchand
Lemarchand fut le designer à l'origine des bijoux panthère et (dans un registre différent) de la célèbre broche oiseau en cage exposée dans la vitrine de Cartier Paris en 1942, pendant l'occupation allemande. Les deux ensembles d'œuvres se situent aux extrémités opposées du spectre émotionnel: les broches oiseau, sobres et chargées de sens politique, les bijoux panthère, exubérants et techniquement extravagants. Que les deux proviennent de la même main est un exemple de l'étendue du talent qui distinguait les meilleurs designers travaillant chez Cartier au milieu du siècle. La broche oiseau est abordée en détail dans Cartier Paris et la broche de l'oiseau piégé.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019), chap. 10 (« Cousins in Austerity, 1945–1956 »)
- Hans Nadelhoffer, Cartier: Jewelers Extraordinary (Thames and Hudson, 1984, révisé 2007), cité pp. 229, 231 et al.
- V&A Museum, Londres, exposition « Cartier » (avril–novembre 2025) : bracelet panthère présenté, Cartier Paris, 1978