Deux broches oiseaux de Cartier Paris, réalisées pendant et immédiatement après l'occupation allemande et considérées comme ayant été conçues par Pierre Lemarchand, forment une paire dont la signification dépend de leur lecture conjointe.
L'Oiseau en Cage (1942)
La première broche, réalisée en 1942 pendant l'occupation, représentait un oiseau à l'intérieur d'une cage. Cartier Paris l'a placée dans la vitrine du magasin. Le symbolisme n'était pas subtil : un oiseau enfermé dans une ville sous occupation. Et les autorités allemandes l'ont apparemment remarqué, bien qu'elles n'aient pu prouver l'intention. La broche a été vendue.
L'Oiseau de la Victoire (1944)
Lorsque Paris fut libérée en août 1944 (le gouverneur militaire allemand défia l'ordre d'Hitler de détruire les monuments et les ponts de la ville, et se rendit alors que de Gaulle entrait dans la capitale), une pièce complémentaire fut créée, de nouveau attribuée à Lemarchand. Cet oiseau était libre. Ses ailes étaient déployées, et il chantait. Ses couleurs étaient le corail rouge, les diamants blancs et le lapis-lazuli bleu : le drapeau tricolore national de la France. La coloration que les Allemands avaient apparemment soupçonnée dans l'oiseau en cage était, dans cette pièce, entièrement assumée. L'Oiseau de la Victoire devint avec le temps un symbole de la Libération, et du rôle de Cartier en tant que maison qui était restée à Paris pendant les années d'occupation.
Contexte
Les deux broches sont souvent discutées ensemble car le récit qu'elles portent s'étend sur les deux pièces. L'oiseau en cage ne prend tout son sens que lorsque l'on sait ce qui a suivi ; l'oiseau de la victoire n'acquiert sa pleine signification que grâce à l'oiseau qui l'a précédé. Les deux ont été produites sur une période d'environ deux ans, dans les mêmes ateliers, pour la même maison, séparées par l'un des tournants les plus marquants de l'histoire moderne de la ville.
Lemarchand est aujourd'hui mieux connu pour les bijoux panthère, extravagants, techniquement virtuoses, conçus pour la paix et la célébration. Les broches oiseaux représentent un registre entièrement différent, et l'écart entre les deux en dit long sur l'étendue du travail issu de Cartier Paris au milieu du XXe siècle.
Pour l'histoire complète de l'Oiseau de la Libération, voir la broche de la Victoire de Cartier par Pierre Lemarchand.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019), chap. 9 (« Le Monde en Guerre, 1939–1944 ») et chap. 10 (« Cousins dans l'Austérité, 1945–1956 »)
- Hans Nadelhoffer, Cartier: Joailliers Extraordinaires (Thames and Hudson, 1984, révisé 2007), cité pp. 19, 45 et al.