Qu'est-ce que la Cartier Crash ?
La Cartier Crash est une montre-bracelet au boîtier considérablement déformé : le cadran est asymétrique, le contour s'incurve et se tord, et l'ensemble de la forme semble avoir été fondu ou déformé. Créée au 175 New Bond Street en collaboration entre Jean-Jacques Cartier et le designer en chef Rupert Emmerson, qui a calligraphié à la main la signature "Cartier London" du cadran, et produite à partir de 1967, elle est l'un des designs de montres les plus distinctifs du XXe siècle et parmi les pièces vintage Cartier les plus collectionnées. Le design reflète un principe directeur hérité par Jean-Jacques ('Ne jamais copier, seulement créer'), rendu visible par son refus de tout contour de montre conventionnel.
Conception et fabrication
Le brief que Jean-Jacques a donné à Emmerson était de prendre la populaire montre Ovale (Baignoire Allongée) et de l'ajuster pour qu'elle ressemble à une montre ayant subi un accident : "en pinçant les extrémités à un point et en faisant une torsion au milieu." Emmerson a présenté plusieurs variantes, dont une avec un cadran d'apparence fissurée pour renforcer le thème de l'accident; Jean-Jacques a estimé que c'était excessif et lui a demandé de l'atténuer, le cadran fissuré a donc été abandonné et une forme déformée plus épurée a été approuvée. Jaeger-LeCoultre a été consulté sur le mouvement le plus approprié à utiliser avant que le design ne soit transmis à Wright & Davies pour fabriquer le boîtier à partir de feuilles d'or. Un boîtier standard prend environ trente-cinq heures; la Crash, avec ses courbes irrégulières, a pris considérablement plus de temps. Une fois le boîtier terminé, l'horloger en chef de Cartier London, Eric Denton, a dû faire face à une complication supplémentaire : le contour déformé signifiait que les chiffres du cadran ne pouvaient pas être placés à leurs positions standard tout en indiquant l'heure correctement. Le cadran a dû être extrait et repeint par Emmerson (qui l'a calligraphié à la main) plusieurs fois avant que la montre n'indique l'heure correctement. L'horloger en chef de Cartier London, Eric Denton, a supervisé l'ajustement du mouvement à New Bond Street.
L'origine du nom
Une version veut que le design ait été inspiré par une montre Baignoire réellement endommagée dans un accident de voiture, dont le boîtier déformé a été apporté à l'atelier comme point de départ. Que cette version soit exacte ou non, le design final est clairement délibéré : la distorsion est précise, l'asymétrie est contrôlée.
La manière dont la montre a été reçue pour la première fois à Londres, y compris la réaction de certains des principaux clients de Cartier, est racontée dans Une Cartier Crash Originale : Dessinée à la main par Rupert Emmerson et dans The Cartiers, ch. 11.
Production et records d'enchères
Un peu plus d'une douzaine de montres Crash ont été fabriquées sous Jean-Jacques Cartier, au cours d'une période de production initiale relativement courte. Cette rareté, combinée à l'impact visuel de la montre, a rendu les exemplaires survivants très convoités aux enchères. Une vente aux enchères en ligne Loupe This en 2022 a vu une Crash London de 1967 se vendre pour un prix d'adjudication de 1,5 million de dollars, un record mondial pour toute montre Cartier, comme documenté à l'époque. Les apparitions antérieures aux enchères sont documentées dans Crash Watch : La montre vintage la plus importante de 2021 ; une collection présentant plusieurs exemples originaux est discutée dans 88 montres Cartier dans 1 collection.
Boîtier et cadran
Le boîtier de la Crash est une forme allongée asymétrique, d'environ 23 sur 43 mm, bien que, compte tenu de son contour déformé, les mesures conventionnelles s'appliquent de manière approximative. Le boîtier se rétrécit aux deux extrémités (où le bracelet s'attache) et se gonfle et se pince au milieu, avec une torsion distincte qui rompt la symétrie et donne à la montre son apparence fondue ou tordue. Le cadran est crème ou blanc cassé, portant des chiffres romains noirs qui sont eux-mêmes déformés pour suivre la forme irrégulière du boîtier : les chiffres sont compressés, étirés ou inclinés selon leur position dans l'ouverture déformée. La signature "Cartier London" est calligraphiée à la main par Rupert Emmerson plutôt que imprimée à partir d'un modèle standard, et se trouve sur la partie supérieure du cadran. Les aiguilles sont en acier bleui, proportionnées à l'espace disponible sur le cadran. La couronne de remontoir est ornée d'un cabochon de saphir. Aucun des cadrans originaux de la Crash n'est identique : parce que les chiffres devaient être peints à la main pour être lus correctement dans le boîtier déformé, chaque cadran a été extrait et repeint plusieurs fois jusqu'à ce que la chronométrie soit exacte.
Les exemplaires de production originale étaient en or jaune 18 carats. Les exemplaires portent des poinçons de Londres avec des lettres de date qui les situent dans la période de production.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019), ch. 11 (« La fin d'une ère, 1957–1974 »)
- Loupe This, Cartier London Crash (1967), record mondial de 1,5 million de dollars à l'adjudication, mai 2022
- Sotheby's, Crash, or jaune 18 carats (c.1970), 806 500 CHF, 2021
- Phillips, « La (vraie) histoire derrière la Cartier Crash », 2022 (extrait de The Cartiers)
- Revolution Watch, « Guide du collectionneur : La Cartier Crash », décembre 2023
- Christie's, « Guide de collection de la montre Cartier Crash »