La transition de Cartier, de fabricant de montres de poche à maison horlogère spécialisée dans la montre-bracelet, s'est déroulée plus rapidement et avec un engagement plus total que chez presque toute autre maison de joaillerie du début du XXe siècle. La montre-bracelet existait sous diverses formes avant la Santos, mais c'est la Santos qui a démontré qu'elle pouvait être un objet sérieux : bien conçue, spécifiquement pensée pour l'usage d'un aviateur, et dotée de l'autorité formelle de l'artisanat d'une maison de haute joaillerie. Louis Cartier a supervisé la commande de la Santos pour Alberto Santos-Dumont, et le design qui en a résulté a établi l'approche de Cartier : la montre-bracelet comme un objet à la fois fonctionnel et esthétique.
L'ère d'avant la montre-bracelet
Avant la Santos, la production horlogère de Cartier était concentrée sur les montres de poche et les pendules. Les montres de poche de la période de la Belle Époque étaient des objets de haute facture : boîtiers guillochés, cadrans émaillés et mouvements fournis par des fabricants suisses d'ébauches spécialisés. La réputation de la maison à cette époque était celle d'un joaillier qui fabriquait également de beaux petits objets, la montre étant traitée comme une catégorie parmi d'autres. La transition vers les montres-bracelets a modifié cette relation.
La période géométrique
La Tank, introduite en 1919 et affinée tout au long des années 1920, est devenue le design le plus durable de la production horlogère de Cartier. Son succès résidait dans ses proportions : une forme rectangulaire avec des brancards latéraux verticaux qui évoquaient le corps chenillé d'un char de la Première Guerre mondiale, combinée à une disposition du cadran pouvant accueillir différents calibres de mouvement dans un langage visuel cohérent. La Tank a donné naissance à des variantes au fil des décennies et reste en production ; parmi les plus inhabituelles figurait la Tank à Guichet de 1928, qui remplaçait les aiguilles conventionnelles par des guichets d'heures et de minutes sautantes visibles à travers de petites fenêtres sur le cadran.
Parallèlement à la Tank, Cartier a produit une gamme de boîtiers de forme qui donnaient à chaque montre son propre caractère : la Santos de forme coussin, la Baignoire ovale, la Ronde circulaire, la Tonneau allongée, la Tortue en forme de tonneau et la Cloche en forme de cloche. Chacune abordait le poignet différemment, et l'ensemble de la gamme constituait un vocabulaire de formes qu'aucune autre maison n'a égalé en variété ou en cohérence d'exécution.
Designs de boîtiers protecteurs
Les années 1930 ont vu apparaître un ensemble de boîtiers conçus autour de la protection et de l'adaptabilité. La Basculante faisait pivoter le cadran face vers le bas à l'intérieur de son cadre. La Reverso et la Cabriolet, des designs de boîtiers réversibles créés par Jaeger-LeCoultre et vendus par Cartier, pivotaient pour exposer une seconde face. Ces deux approches traitaient la montre comme un objet à deux faces dont la présentation pouvait changer, et toutes deux exigeaient des tolérances d'ingénierie plus strictes qu'un boîtier fixe conventionnel.
Production d'après-guerre et ultérieure
Les décennies après la Seconde Guerre mondiale ont produit plusieurs designs qui s'écartaient du vocabulaire géométrique de l'entre-deux-guerres. La Crash de 1967 de Cartier London était délibérément asymétrique, son contour déformé étant le résultat d'une commande de Jean-Jacques Cartier de prendre la forme ovale et de la déformer. Le TV Bangle, introduit en 1978, enfermait son mouvement dans un boîtier rectangulaire incurvé porté comme un bracelet. La Pebble du début des années 1970 a pris l'irrégularité organique comme point de départ. Le Love Bracelet, conçu par Aldo Cipullo en 1969, n'était pas une montre mais un objet de joaillerie qui est devenu l'une des pièces modernes les plus reconnaissables de Cartier.
Mouvements et complications
Cartier s'est approvisionné en mouvements auprès d'un réseau de fournisseurs suisses tout au long de son histoire, Jaeger-LeCoultre étant parmi les partenaires techniques clés pour la période de l'entre-deux-guerres. Le Calibre 101 est l'un des plus petits mouvements mécaniques jamais fabriqués, développé pour les montres de joaillerie étroites de Cartier. À l'autre extrême de la complexité, les montres-bracelets répétition minutes, qui sonnent les heures, les quarts et les minutes à la demande, figuraient parmi les pièces les plus exigeantes techniquement produites par Cartier. La production de pendules de la maison, y compris les Pendules Mystérieuses avec leurs aiguilles apparemment flottantes, appartient à une histoire parallèle d'objets horlogers que la collection de montres côtoie sans s'y fondre.
Pour avoir une idée de l'étendue de la production horlogère de Cartier à travers les périodes et les modèles, une collection privée de 88 montres Cartier offre un aperçu utile.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019), chap. 2 (« Louis, 1898–1919 ») et chap. 4 (« Jacques, 1906–1919 »)
- Hans Nadelhoffer, Cartier: Jewelers Extraordinary (Thames and Hudson, 1984; révisé 2007), cité p. 305