La relation entre Cartier et les cours des États princiers de l'Inde est l'un des aspects les plus complexes et les plus importants de l'histoire de la Maison. Ce n'était pas une simple relation commerciale. Les maharajas apportaient leurs propres collections de gemmes, accumulées au fil des générations, et sollicitaient Cartier pour les transformer. Le mouvement s'est également produit dans l'autre sens, Cartier recherchant des pierres indiennes auprès de marchands et lors de ventes aux enchères. La rencontre esthétique entre les traditions joaillières mogholes et les ateliers parisiens de Cartier a laissé des traces dans toutes les créations de la Maison pendant plusieurs décennies.
Jacques Cartier et la connexion indienne
La dimension personnelle de ces relations (ce que Jacques a vu, ce qu'il a rapporté, et comment cela a façonné le travail de la Maison) est explorée dans Maharajas et la Magnificence Moghole et Cartier et le Maharaja. Jacques Cartier était le frère le plus étroitement associé à la construction du réseau de clients indiens. Il dirigeait Cartier Londres et a effectué de nombreux voyages en Inde pendant vingt-huit ans, recevant les maharajas et leurs représentants, et comprenant la valeur stratégique de cette relation. Les commandes qu'il a cultivées à partir du début des années 1900 étaient, en termes de pierres impliquées et d'ampleur du travail, sans précédent par rapport à ce que le marché européen produisait à l'époque. Les clients indiens apportaient des rubis, des émeraudes, des perles naturelles et des diamants bruts issus de trésors familiaux accumulés depuis des siècles.
Le Maharaja de Kapurthala
Parmi les cours indiennes ayant une relation durable avec Cartier, Kapurthala se distingue par la profondeur et la longévité de cette connexion. Jagadjit Singh, le Maharaja de Kapurthala, était un Francophile qui a construit une réplique de Versailles au Pendjab et a passé des décennies dans la société parisienne. Sa relation avec Cartier Paris s'est étendue du début des années 1900 aux années 1930 et comprenait des ornements de turban, des colliers et le remontage de pierres de son trésor personnel. Il était présent à l'Exposition des Arts Décoratifs de Paris de 1925, et les commandes qui ont suivi l'ont placé parmi les plus importants mécènes indiens de cette période.
La génération suivante a étendu la connexion familiale avec Cartier dans différentes directions. L'un des successeurs de Jagadjit Singh est devenu un collectionneur de montres sérieux, acquérant de multiples garde-temps Cartier. La princesse Amrit Kaur, dont le style et les bijoux ont attiré l'attention dans les cercles parisiens de Cartier et dans la presse de mode, a été décrite par Vogue comme une figure dont l'influence esthétique a atteint des designers comme Schiaparelli.
Le collier de Patiala
La commande unique la plus médiatisée fut le Collier de Diamants de Patiala, réalisé en 1928 pour Bhupinder Singh, Maharaja de Patiala. La pièce utilisait 2 930 diamants, dont le diamant De Beers (alors le septième plus grand diamant connu au monde) comme pierre centrale. Le collier a disparu de la vue après les années 1940, son histoire ultérieure et le destin de ses pierres n'ont jamais été entièrement élucidés.
Remontage et échange esthétique
Le travail de remontage (consistant à prendre des bijoux de l'époque moghole ou des pierres indiennes non montées et à les remonter en platine, selon le goût occidental des années 1910 et 1920) a soulevé des questions auxquelles le commerce commençait à peine à réfléchir. Les clients indiens voulaient leurs pierres dans des montures modernes qui seraient acceptées dans les contextes des cours et des sociétés européennes. Ce processus signifiait également que les designers de Cartier rencontraient des pierres indiennes sculptées, des émeraudes gravées et des perles de rubis sculptées, et absorbaient ce vocabulaire dans leur propre langage de conception. Le style Tutti Frutti, avec ses pierres de couleur sculptées montées aux côtés de diamants, est né de cette rencontre. Le commerce de la perle naturelle était tout aussi central, de nombreux maharajas possédaient des collections ancestrales de perles d'une ampleur extraordinaire, et les transactions de perles ont constitué une part importante de la relation commerciale avec Cartier.
Ampleur et importance
Pour les finances de la Maison, les commandes indiennes ont eu une importance énorme dans les années 1920 et au début des années 1930. Les pierres impliquées étaient d'une ampleur et d'une qualité que le marché européen ou américain ne pouvait pas facilement égaler. Cette période de mécénat indien intense a façonné les ateliers de Cartier, ses designers et son vocabulaire de conception de manière à ce qu'ils continuent de se manifester dans le travail de la Maison bien après que les changements politiques survenus après l'indépendance de l'Inde en 1947 aient fondamentalement altéré le pouvoir d'achat des États princiers.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019)
- Francesca Cartier Brickell, "Maharajas, perles et influences orientales: Les voyages de Jacques Cartier en Orient au début du XXe siècle," JS12:103–115
- Hans Nadelhoffer, Cartier: Joailliers Extraordinaires (Thames and Hudson, 1984, révisé 2007), cité p. 125, 155 et al.
- Wikipédia: Maharajas indiens