TECHNIQUES

Pierres Précieuses Mogholes Sculptées

La tradition de la taille des gemmes des empereurs moghols a produit des milliers de rubis, émeraudes, saphirs et spinelles gravés de motifs floraux et calligraphiques. Ces pierres, conservées dans les trésors princiers indiens, sont devenues la matière première du style Tutti Frutti de Cartier.

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L'Empire moghol, qui a régné sur une grande partie du sous-continent indien du seizième au dix-huitième siècle, a développé une tradition de taille de pierres précieuses et semi-précieuses en objets d'importance artistique et religieuse. Les sculpteurs travaillaient principalement avec des émeraudes, des rubis, des saphirs et des spinelles rouge-orangé, souvent utilisés indifféremment avec des rubis dans les contextes moghols. Ils travaillaient également des tourmalines, des aigues-marines et d'autres pierres colorées d'une dureté suffisante.

Les formes typiques étaient des plaques plates, des perles, des pampilles et des pendentifs, gravés de motifs reflétant la culture visuelle de la cour moghole : bordures d'arabesques feuillagées, fleurs stylisées, formes de lotus et, occasionnellement, des inscriptions calligraphiques du Coran ou de la poésie persane. Les plus belles pierres mogholes sculptées étaient créées pour la cour impériale elle-même et pour les grands nobles dont la richesse soutenait une production artistique comparable.

Échelle et Survie

La sculpture de gemmes mogholes n'était pas une tradition marginale. Les ateliers impériaux ont produit des pierres sculptées en grande quantité sur trois siècles, et la matière première à leur disposition était extraordinaire : les empereurs moghols contrôlaient des routes commerciales qui leur donnaient accès aux émeraudes de Colombie, aux rubis et saphirs birmans, et aux spinelles du Badakhshan. De nombreuses pierres sculptées de la période moghole ont survécu dans les trésors des États princiers indiens, qui les avaient accumulées par héritage, conquête et commerce.

Au dix-neuvième siècle, les gemmes mogholes sculptées existaient en très grand nombre à travers l'Inde, en particulier dans les trésors des principales cours princières. Certaines furent remontées dans de nouvelles montures indiennes. Beaucoup sont restées des pierres sculptées individuelles, stockées en tant qu'actifs de trésorerie.

Le Lien Cartier

Lorsque Pierre Cartier puis Jacques Cartier commencèrent à voyager en Inde au début du vingtième siècle, ils découvrirent ces pierres dans les cours qu'ils visitaient. Les pièces dans les trésors des maharajas n'étaient pas toujours dans des montures que les souverains souhaitaient conserver. Le remontage étant une pratique courante, les pierres qui avaient été montées lâchement ou dans des montures démodées étaient disponibles à la vente ou à la commande.

Jacques Cartier, dont la première visite en Inde eut lieu à l'occasion du Durbar de Delhi de 1911, est retourné à plusieurs reprises sur le sous-continent et a acquis des quantités de gemmes mogholes sculptées lors de ces visites. Les pierres ont été rapportées aux ateliers parisiens et ont présenté un défi de conception spécifique : comment monter des pierres sculptées indiennes, avec leurs formes organiques, leurs profils de feuilles et leurs surfaces gravées, dans des montures européennes contemporaines.

La Solution Tutti Frutti

La solution à laquelle les designers de Cartier sont parvenus, principalement dans les années 1920, fut de traiter les pierres sculptées comme des éléments dans un arrangement naturaliste de feuilles, de fleurs et de formes de fruits. Plutôt que d'imposer une monture européenne géométrique à une feuille moghole sculptée, la monture a épousé la forme de la feuille, la montant comme partie d'un bouquet de feuilles d'émeraude sculptées, de baies de rubis et de pétales de saphir ou de spinelle arrangés autour de diamants. Le style qui en a résulté, connu rétrospectivement sous le nom de Tutti Frutti, est inséparable de la matière première moghole.

Les pierres sculptées confèrent aux pièces Cartier de style indien leur qualité spécifique. Une fleur sertie de diamants en platine est un produit de la tradition lapidaire et de monture européenne. Une feuille d'émeraude sculptée sertie dans le même platine aux côtés de baies de rubis sculptées est autre chose, un objet qui porte simultanément deux traditions visuelles. Cette double nature est ce qui rend ces pièces distinctives dans l'histoire de la joaillerie. Les commandes, les voyages qui ont produit la matière première et le processus de conception sont explorés plus en détail dans Maharajas et la Magnificence Moghole, Cartier et le Maharaja, et Cartier et l'Inspiration Persane Islamique.

Sources

  • Francesca Cartier Brickell, Les Cartier, rois de la joaillerie (Ballantine Books, 2019), chap. 6 (« New York : milieu des années 1920 ») et chap. 8 (« Diamants et Dépression : les années 1930 »)
  • Francesca Cartier Brickell, « Maharajas, Perles et Influences Orientales : Les Voyages de Jacques Cartier en Orient au début du vingtième siècle », JS12:103–115
  • Hans Nadelhoffer, Cartier, joailliers extraordinaires (Thames and Hudson, 1984 ; révisé 2007), cité p. 166
  • Wikipédia : Pierres précieuses mogholes sculptées

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