Le platine est un métal dense, blanc-gris, qui se trouve en quantités infimes dans certains minerais de nickel et de cuivre. Il était connu des métallurgistes européens dès le milieu du XVIIIe siècle, mais son extrême dureté le rendait très difficile à travailler avec les techniques d'orfèvrerie conventionnelles. La fusion du platine nécessite des températures bien supérieures à celles utilisées pour l'or ou l'argent, et les outils et compétences nécessaires pour le transformer en sertissages de joaillerie fine n'étaient tout simplement pas disponibles dans la plupart des ateliers avant la fin du XIXe siècle.
La décision de Louis Cartier d'adopter le platine comme métal principal pour les bijoux fins de Cartier, à une époque où presque aucun artisan ne pouvait le travailler, n'était pas un pas conservateur. Elle a exigé de trouver et de former des spécialistes, de développer de nouveaux outils, et de s'engager envers un matériau coûteux, techniquement exigeant et peu familier aux clients habitués aux sertissages en or jaune ou en argent.
Pourquoi le platine a transformé la conception des bijoux
Les raisons de ce changement deviennent claires lorsque l'on comprend ce que le métal permet. La résistance du platine signifie que des sections très fines peuvent maintenir les pierres en toute sécurité. Dans les sertissages en or ou en argent, le métal doit être présent en plus grand volume pour assurer l'intégrité structurelle: des griffes plus épaisses, des chatons plus lourds, des montures plus substantielles. En platine, les sertissages peuvent être réduits à une forme presque squelettique tout en assurant un maintien ferme.
La conséquence pour le design fut considérable. Un sertissage en platine pouvait maintenir les diamants dans des arrangements qui ressemblaient à de la dentelle fine ou à de la broderie plutôt qu'à une structure métallique avec des pierres attachées. Le diamant devient le point central du design, le métal recule, devenant presque invisible. C'est le principe esthétique du Style Guirlande : l'impression de diamants suspendus dans l'air, le sertissage présent mais à peine perceptible.
Le métal blanc et les pierres blanches
La couleur du platine est également importante. Les sertissages en or jaune, aussi fins soient-ils, confèrent une teinte chaude aux pierres qu'ils soutiennent. Les pierres blanches taillées avant l'ère du platine, notamment les diamants et le cristal de roche, étaient souvent montées en argent pour éviter cette teinte, mais l'argent ternit. Le platine est blanc comme l'argent, mais il ne ternit pas et est bien plus résistant. Les pierres pâles, les diamants incolores en particulier, reposent sur le platine sans acquérir de nuance jaune.
Cela a fait du platine le partenaire naturel pour les bijoux riches en diamants de la Belle Époque et de la période Édouardienne. Les diadèmes, plastrons, rivières et les grandes parures du début du XXe siècle utilisaient les diamants comme matériau visuel principal ; le platine était le cadre invisible qui rendait cela possible.
Périodes ultérieures
La Première Guerre mondiale a temporairement interrompu l'approvisionnement en platine pour la joaillerie : le métal a été réquisitionné pour des usages industriels et militaires. Durant cette période, l'or blanc a été développé comme substitut. Après la guerre, le platine est revenu, et Cartier a continué à l'utiliser tout au long des années Art Déco pour les pièces géométriques à fort contraste qui comptent parmi les designs Cartier les plus reconnus. Il reste le métal standard pour la plus belle joaillerie Cartier.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019), chap. 2 (« Louis, 1898–1919 ») et chap. 5 (« Stones Paris : Début des années 1920 »)
- Hans Nadelhoffer, Cartier: Jewelers Extraordinary (Thames and Hudson, 1984 ; révisé 2007), cité pp. 39, 45 et al.
- Wikipédia : Le platine dans la joaillerie Cartier