Jagatjit Singh est devenu Maharaja de Kapurthala en 1877 à l'âge de cinq ans et a régné jusqu'à sa mort en 1949. Il est reconnu comme le plus ouvertement francophile des princes indiens, un homme qui parlait français, passait de longues périodes à Paris et a construit son palais principal à Kapurthala, au Pendjab, dans le style de Versailles. Il a nommé un architecte français, employé des artisans français et rempli le bâtiment de meubles, de peintures et d'objets décoratifs provenant de fournisseurs français.
Cette orientation vers la France a fait de Cartier le joaillier naturel pour ses commandes importantes. Sa relation avec la Maison a commencé au début des années 1900 et s'est poursuivie jusqu'aux années 1930, couvrant les mandats de Louis Cartier, Pierre Cartier et Jacques Cartier.
L'Ornement de Turban
Parmi les pièces les plus célèbres que Cartier a créées pour Kapurthala figure un ornement de turban serti d'une émeraude sculptée d'une taille et d'une qualité exceptionnelles. L'émeraude, pesant 177,4 carats, est de forme hexagonale et sculptée dans la tradition moghole avec des motifs floraux. Cartier l'a montée dans une monture en platine avec des diamants d'accompagnement, produisant une pièce qui combinait une pierre de la tradition décorative moghole avec les matériaux et les techniques de l'atelier parisien. Le résultat était caractéristique des meilleures commandes indo-européennes des années 1920.
L'Étendue de la Relation
Au-delà des pièces individuelles, la relation de Kapurthala avec Cartier englobait le remontage de pierres de son trésor existant, des émeraudes, des rubis, des diamants et des spinelles accumulés au fil des générations ont été apportés aux ateliers parisiens et remontés dans de nouvelles montures reflétant les modes des années 1910 et 1920. C'était un modèle courant pour les grandes commandes indiennes. Les Maharajas vendaient rarement des pierres, ils les remontaient, gardant ainsi le matériau dans la famille tout en rafraîchissant les montures.
Kapurthala a également commandé des colliers, des bracelets et d'autres bijoux pour les membres de sa maison. Ses multiples visites à Paris, où il entretenait un appartement dans un quartier à la mode, ont permis de maintenir la relation par contact direct plutôt que par l'intermédiaire d'agents ou de la seule correspondance.
L'Exposition de 1925
Kapurthala était présent à l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de 1925 à Paris, l'événement qui a codifié ce qui serait plus tard appelé l'Art Déco. Le calendrier de ses principales commandes Cartier chevauche la phase géométrique du design de la Maison, et certaines de ses pièces de cette période reflètent l'esthétique audacieuse et angulaire du milieu des années 1920.
Héritage
Jagatjit Singh est décédé en 1949, ayant survécu à l'ordre princier qui l'avait engendré. Les bijoux de Kapurthala se sont dispersés au cours des décennies suivantes par le biais d'héritages et de ventes aux enchères. Des pièces de la collection apparaissent dans des catalogues de ventes aux enchères spécialisés, parfois avec leur provenance Cartier documentée, parfois non. L'ornement de turban figure parmi les images les plus reproduites de la collaboration joaillière indo-européenne.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019), chap. 2 (« Louis, 1898–1919 ») et chap. 4 (« Jacques, 1906–1919 »)
- Hans Nadelhoffer, Cartier: Jewelers Extraordinary (Thames and Hudson, 1984, révisé 2007), cité pp. 145, 155 et al.
- Wikipédia: Maharaja de Kapurthala