Les Ballets Russes ont été fondés par l'impresario Serge Diaghilev et se sont produits pour la première fois à Paris en 1909. Il ne s'agissait pas d'une compagnie de ballet conventionnelle : Diaghilev a réuni les talents créatifs les plus avancés de sa génération et les a appliqués au spectacle théâtral d'une manière sans précédent direct. Igor Stravinsky a composé la musique ; Léon Bakst et plus tard Coco Chanel, Pablo Picasso, Henri Matisse et Georges Braque ont conçu les costumes et les décors. Parmi les danseurs figuraient Vaslav Nijinsky et Anna Pavlova. Les productions ne ressemblaient à rien de ce qui avait été vu sur la scène européenne.
Le langage visuel des Ballets Russes s'est fortement inspiré de sources extérieures à la tradition décorative de l'Europe occidentale. Les costumes de Bakst pour des productions telles que Schéhérazade (1910) et Thamar (1912) utilisaient des couleurs aux tons de gemmes, des motifs riches et des références orientalistes qui n'avaient aucun lien avec le naturalisme pâle ou la sobriété géométrique de la mode française contemporaine. Les couleurs étaient intenses : verts profonds, oranges flamboyants, bleus violents, jaunes acides. Les formes étaient stylisées et planes plutôt que historiquement détaillées.
Impact sur les arts décoratifs parisiens
Les Ballets Russes sont arrivés à Paris au moment même où le mouvement Art Nouveau s'essoufflait. Les formes curvilignes et les motifs naturalistes de l'Art Nouveau avaient dominé les arts décoratifs de la fin du XIXe siècle, mais en 1909, ils commençaient déjà à paraître épuisés. Ce que la compagnie de Diaghilev offrait était un vocabulaire visuel entièrement différent : audacieux, géométrique à sa manière, saturé de couleurs, et puisant dans des sources orientales que la tradition orientaliste avait rendues à la mode mais que personne n'avait utilisées avec une telle intensité.
L'effet sur la mode et les arts décoratifs fut rapide et omniprésent. Les couturiers adoptèrent les couleurs. Les joailliers réexaminèrent leurs palettes. Les meubles, les textiles et la décoration intérieure montrèrent tous l'influence en quelques années après les premières saisons parisiennes des Ballets Russes.
Le lien avec Cartier
L'orientation créative de Cartier a considérablement changé dans les années suivant 1909. La palette blanche sur blanc du Garland Style, avec son travail de dentelle de diamants sur platine, a cédé la place à des combinaisons de couleurs plus audacieuses : corail avec lapis-lazuli et diamants, jade avec onyx et émeraudes, le noir et blanc très contrasté de l'Art Déco combiné à des éclats de couleur soudains. Charles Jacqueau, le designer qui a travaillé le plus étroitement avec Louis Cartier à partir de 1909, était profondément impliqué dans le langage visuel des Ballets Russes.
L'influence n'était pas une copie directe mais une absorption. La même atmosphère générale de couleurs intenses, d'imagerie orientaliste et de rejet de la sobriété victorienne-édouardienne qui avait produit l'esthétique des Ballets Russes nourrissait simultanément tous les domaines du design parisien. Le virage de Cartier vers la couleur, vers les motifs égyptiens et persans, et vers l'esthétique polychrome qui définit la production de la Maison dans les années 1920, est inséparable de cette transformation plus large.
Postérité
Les Ballets Russes ont continué à se produire jusqu'à la mort de Diaghilev en 1929. Leur influence sur le design occidental s'est étendue bien au-delà de leurs années d'activité. Le vocabulaire qu'ils ont établi, fait de couleurs riches, de formes stylisées et de références culturelles croisées, est resté d'actualité dans les arts décoratifs tout au long des années 1930 et a façonné les postulats visuels de la période Art Déco d'une manière qui est encore en cours d'analyse.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019), chap. 2 (« Louis, 1898–1919 ») et chap. 5 (« Stones Paris : Début des années 1920 »)
- Hans Nadelhoffer, Cartier: Joailliers Extraordinaires (Thames and Hudson, 1984 ; révisé 2007), cité pp. 81, 131 et al.
- Wikipédia : Les Ballets Russes