En 1910, la Comète de Halley est passée près de la Terre pour la première fois depuis 1835. L'événement a suscité une fascination généralisée et une certaine inquiétude. Le New York Times a rapporté "un grave sentiment d'appréhension" chez ceux "craignant quelque chose qu'ils ne pouvaient comprendre." Pour Maurice Couet, qui a commencé à travailler avec Cartier au début des années 1910, ce fut une source d'inspiration. Les pendules comète qui ont suivi comptent parmi les objets les plus inventifs de la production horlogère de Cartier.
Pendules Comète
Les pendules comète, produites entre 1912 et 1920, sont classées comme des pendules "semi-mystérieuses" : le mécanisme est dissimulé dans des matériaux opaques plutôt que caché derrière un cristal transparent, comme c'est le cas pour les pendules mystérieuses entièrement transparentes. La particularité est qu'on ne peut pas voir à travers une pendule semi-mystérieuse, mais la manière dont elle indique l'heure n'est pas immédiatement évidente.
Une pendule comète possède un cadran circulaire en émail avec une aiguille sertie de diamants en forme de comète, une longue queue traînant derrière une tête lumineuse. Cette aiguille comète tourne pour indiquer les heures. Les minutes sont lues à partir d'un diamant séparé de taille marquise qui tourne le long d'un anneau concentrique autour du cadran. Le mouvement est encastré à l'intérieur de la lunette, le cadran des heures et l'anneau des minutes étant chacun entraînés par des éléments rotatifs cachés entre les couches d'émail.
Certaines pendules comète ont été produites en cristal de roche avec un cercle serti de diamants sur l'extérieur de la lunette. Le mécanisme a été conçu par Couet, le design s'inspirant de la même combinaison d'optique, de mécanique et de surprise visuelle qui caractériserait les pendules mystérieuses.
Pendules Planète
Liées aux pendules comète, les pendules "planète" présentent des cadrans superposés avec des indicateurs jour-nuit. Une pendule planète typique a deux faces : l'une montrant un soleil pour le jour, l'autre un croissant de lune en diamants pour la nuit. Le cadran tourne pour présenter la face appropriée en fonction de l'heure.
Une pendule planète portait l'inscription latine non numero horas nisi serenas, "Je ne compte pas les heures si elles ne sont pas brillantes." La même pendule nécessitait deux photographies pour être documentée, car les faces jour et nuit ne pouvaient pas être montrées simultanément.
Une variante, connue sous le nom de pendule "le jour chassant la nuit", combinait les deux indicateurs sur un seul cadran, le soleil et la lune tournant l'un devant l'autre à mesure que les heures s'écoulaient.
Semi-Mystérieuses : la Distinction
Le terme "semi-mystérieux" distingue ces pendules des pendules mystérieuses entièrement transparentes. Dans une pendule mystérieuse, les aiguilles semblent flotter en l'air à l'intérieur d'un boîtier en cristal, et l'observateur peut voir à travers l'objet entier. Dans une pendule semi-mystérieuse, la méthode d'indication de l'heure est surprenante ou peu claire, mais le boîtier est opaque. On ne peut pas voir le mécanisme, mais on ne peut pas non plus voir à travers. Les pendules comète et planète, les pendules chronoscope et les pendules à chevalet avec cadrans rotatifs cachés entrent toutes dans cette catégorie.
Clients et Contexte
Les pendules astronomiques séduisaient les clients ayant un goût pour l'insolite. Lady Iya Abdy, une émigrée russe qui avait fui pendant la Révolution et épousé un baronnet anglais, possédait une pendule planète, témoignage, aux côtés de ses bijoux de style égyptien, d'une sensibilité de collectionneuse attirée par la production plus audacieuse de Cartier. Les pendules comète et planète se situaient à l'intersection de l'art décoratif, de l'ingéniosité mécanique et de la fascination du début du XXe siècle pour l'astronomie et les cieux.
Sources
- Francesca Cartier Brickell, The Cartiers (Ballantine Books, 2019)
- Christie's, "Guide de collection : les pendules Cartier" (12 octobre 2023) : "Les pendules 'comète' ont été produites entre 1912 et 1920. Elles sont caractérisées par un cadran circulaire en émail avec une aiguille en forme de comète sertie de diamants."
- Christie's Geneva, Toute une vie à collectionner : 101 pendules Cartier (21 juillet 2020) : lot 11 (pendule comète semi-mystérieuse, c.1912) vendue pour CHF 125 000 ; lot 5 (pendule planète/jour-nuit) lors de la même vente.
- Hans Nadelhoffer, Cartier : Bijoutiers Extraordinaires (Thames and Hudson, 1984 ; révisé en 2007), planche 330 : "Pendule 'comète' jour et nuit. Cartier Paris, 1920"
- Olivier Bachet et Alain Cartier, Cartier : Les Objets d'Art du Palais Royal, citée dans le webinaire comme la source technique pour le mécanisme des pendules comète.